Eux

Il marche devant elle, à pas lents.

Elle, à quelques mètres derrière lui.

On pourrait penser qu’ils se connaissent mais que même les mots ne les lient plus.

On pourrait penser qu’ils sont devenus, l’un pour l’autre, deux inconnus.

Mais on aurait tort.

Il marche devant elle parce qu’il n’ose pas marcher à ses côtés tant il la désire.

Elle n’avance pas plus vite de peur de vouloir le toucher.

On pourrait penser qu’ils ne veulent pas marcher ensemble.
On pourrait penser qu’ils ne s’aiment plus.
Mais on aurait tort.

Il marche devant elle, laissant une de ses mains se balancer le long de sa cuisse.

Elle regarde cette main danser et ferme la sienne pour ne pas s’en emparer.

On pourrait penser qu’il est détendu voire indifférent à elle qui le suit.
On pourrait penser qu’elle veut le cogner.
Mais on aurait tort.

Il ralentit.
Elle s’arrête.

Va-t-il s’en aller ?

Et elle le laisser partir ?

Il semblerait que le temps se suspend brusquement. Le vent cesse de souffler dans les feuilles des arbres. Un nuage passe. L’oiseau perché tout là-haut ne chante plus. Le parc se vide. Il fait froid.

Il s’arrête.
Elle ne bouge plus.

Il entend son propre cœur exploser en lui.
Elle l’écoute, le reçoit contre le sien, ça lui fait presque mal.

On pourrait penser qu’ils vont se séparer là sur ce chemin.
On pourrait penser que c’est la fin.
Mais on aurait tort.

Le froid les envahit tous deux. Il tremble, elle aussi. Le soleil qui brillait a totalement disparu caché par un amoncellement de nuages venus de nulle part. Une pluie fine tombe, sans bruit.

Elle croise ses bras sur elle-même.
Il fait de même.

Elle regarde son dos.
Il devine ses yeux.

Ils sentent tous deux l’eau les mouiller.

Ils ne font plus aucun geste.

Le silence les envahit.

On pourrait penser qu’ils n’ont plus rien à se dire.
On pourrait penser qu’ils ne se supportent plus au point de ne pas pouvoir se retourner.
On aurait tort.

Il rêve de l’enlacer.
Elle s’imagine dans ses bras.
Sans un regard, ils pleurent tous deux.

Un commentaire sur “Eux

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  1. Oh, c’est vraiment super beau, ce texte, Clarence ! Extrêmement fort, si bien rendu, et la forme trouvée, excellente pour supporter la force de ce désir. On pourrait penser… Merci, trop aimé. Belle journée.

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